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10/01/2008

En réponse à Jean-Marc Ayrault. Par Henri Emmanuelli

Suite à la diffusion d’un argumentaire pour le boycott du Congrès de Versailles

Je reçois ce matin, comme tous les membres du groupe, un argumentaire qui me laisse pantois.

Expliquer aux camarades que notre position serait cohérente au motif que nous déposerions une motion référendaire (art. 12 du règlement de l’AN) après avoir « boycotté » le congrès de Versailles est tout de même un peu gros.

Tu sais mieux que personne que compte tenu du rapport de force existant à l’Assemblée Nationale, cette motion n’a aucune chance, absolument aucune, d’être adoptée !

Il s’agit donc d’une proposition totalement factice visant à embrouiller les esprits et, au-delà, à tromper nos concitoyennes et nos concitoyens.

Tu sais mieux que personne qu’il n’y a qu’un moyen, et un seul, de ne pas laisser les mains libres à la manoeuvre du Président de la République visant à dessaisir le peuple français de son pouvoir de décision et d’honorer, du même coup, notre engagement devant le peuple français en faveur du référendum : c’est d’empêcher l’aboutissement de la révision constitutionnelle à Versailles qui exige une majorité des 3/5 des votants présents !

Je ne te cacherai pas que je vis difficilement cette manoeuvre pitoyable : elle ne témoigne pas de beaucoup d’estime pour les facultés intellectuelles des membres du groupe et pas davantage pour nos concitoyens. Elle va, une nouvelle fois, contribuer à donner de notre groupe une image détestable et témoigne d’une conception de la politique sur laquelle je préfère ne pas m’étendre.

Je te demande donc de renoncer à ce grossier stratagème et d’assumer tout simplement tes convictions. Si tu es hostile à la consultation du peuple français par référendum, va à Versailles et vote pour la révision constitutionnelle ! Tu pourras ensuite voter en faveur du traité européen à l’Assemblée et t’associer à la manœuvre souhaitée et voulue par le Président de la République : effacer par un vote parlementaire une décision prise par le peuple français, à laquelle les partisans du Oui ne se sont jamais résignés. Il ne te restera plus ensuite qu’à assister à l’intronisation par Monsieur Sarkozy de Tony Blair, co-auteur de l’invasion de l’Irak et ardent partisan de « la lutte du bien contre le mal », comme président de l’Union Européenne, au moment même ou les Etats-Unis se débarrasseront de Monsieur Bush.

Ayant du mal à terminer cette réponse sur une telle perspective, je te demande de bien réfléchir : il est encore temps de faire marche arrière et de mettre un terme à ce processus désastreux en respectant nos engagements devant les millions de françaises et de français qui nous ont accordé leur confiance. Ils nous pardonneront un moment d’égarement et de trouble, mais pas de persévérer dans le déni de ce que nous sommes, tant il est vrai que dans « social-démocrate », il y a « démocrate ».

Non à la politique de la chaise vide ! Par Marie-Noëlle Lienemann

Communiqué de presse de Marie-Noëlle LIENEMANN, députée Européenne, ancien ministre, membre du Bureau National du PS

La chaise vide des socialistes à Versailles revient à valider la ratification parlementaire et à tourner le dos à leur engagement pour un référendum sur le nouveau traité européen.

Seul un conseil national du PS peut décider de l'attitude des parlementaires socialistes!

Marie-Noëlle LIENEMANN a protesté hier au bureau National du Parti-Socialiste contre la déclaration du président du groupe à l'assemblée nationale, relayée par le premier secrétaire François Hollande, sur la non participation des députés socialistes au Congrès, qui doit se réunir pour modifier la constitution française, préalablement à la ratification du nouveau traité européen.

Cette politique de la chaise vide revient à consolider N Sarkozy et à valider son choix d'une ratification parlementaire du nouveau traité.

En effet, il est possible d'imposer un référendum, en faisant échec à la révision constitutionnelle française, en recueillant 1/3 des votants contre cette modification lors du congrès. Ce score peut être atteint si toute la gauche participe au vote et vote contre. Ne pas venir ou s'abstenir à cette étape décisive revient à donner un feu vert pour la ratification parlementaire et prêter main forte au président de la république qui refuse le référendum attendu par une très grande majorité des français.

Marie-Noëlle Lienemann a demandé que les instances compétentes du PS puissent délibérer sur cette position, d'autant plus cruciale que le référendum était un engagement pris par les socialistes devant le peuple et qu'il en va de l'avenir du pays. Or, à ce jour aucune délibération n'a eu lieu. Elle a insisté sur la nécessité de convoquer un Conseil national exceptionnel pour fixer la position des parlementaires socialistes. Elle estime que si le PS ne montre pas une mobilisation absolue pour obtenir un référendum, il sera d'une façon ou d'une autre sanctionné par les électeurs, et sèmera un trouble durable dans une large fraction du peuple de gauche, mais bien au delà. Car, Il en va d'une certaine idée de la démocratie et de la souveraineté populaire!

Ne pas faire délibérer les instances compétentes au PS, ne par agir pour imposer un référendum constitueraient un double manquement à la démocratie interne d'une part, dans le pays d'autre part.

La forfaiture. Par Jean-Luc Mélenchon

La soi disant "décision" du PS concernant le boycott du congrès de Versailles est en réalité un coup de force médiatique. Ayrault l’a annoncé. le coup est parti. Puis il a modifié son propos, une fois sur d’avoir lancée la machine médiatique (ou naturellement personne ne vérifie rien). Puis le soir il n’en est pas dit un mot en Bureau National alors même que nous sommes trois à demander un débat (Lienemann, Valls et moi). Le lendemain, lettre du même Ayrault soulignant que la "cohérence" (sic) voudrait que les députés refusent d’abord de voter (NPPV) au moment du vote à l’Assemblée qui va précéder la réunion du Congrès à Versailles… La semaine prochaine, ca va être chaud pour lui je crois quand les députés vont être tous là…Puis François Hollande ce matin annonce que la « décision » de boycott est celle qui lui parait la plus cohérente pour affirmer la position du PS en faveur du référendum. Tel quel. Un foutage de gueule gros comme un éléphant. Bien sur, c’est totalement faux et manipulatoire, tout le monde le sait parmi ceux qui l’écoutent, lui aussi. Mais tout le calcul des « ouiouistes » dogmatiques est que l’opinion s’y perde, que l’embrouille soit totale et que le rideau de fumée permette de ne pas être pris la main dans le sac d’un déni de démocratie et d’une forfaiture sans précédent dans l’histoire du Parti depuis les promesses mensongères de Guy Mollet à propos de la guerre d’Algérie.

Ces manipulations reçoivent une aide précieuse de l’Elysée et ses agents de propagande. Dans les médias, les journalistes qui souhaitent une information plus équilibrée ou à tout le moins des explications données aux téléspectateurs ou lecteurs sont mis au placards et leurs avis méprisés au profit des robots qui continuent à répéter les expressions forgées par le bureau de la propagande de l’Elysée tels que « traité simplifié », « Europe en panne » et ainsi de suite pour noyer le poisson. A moins qu’ils ne pousse le projecteur sur la « profonde division du PS » sans en dire un mot de ses causes, ou ne parle déjà « d’indiscipline» terme qu’aucun n’utilise jamais quand celle –ci est le fait de Ségolène Royal sur les alliances au centre ou de Ayrault inventant des "décisions" qui n’ont pas été prises.. Aucun d’entre eux ne prend une seule seconde ses responsabilités devant la grave crise de notre démocratie dans laquelle nous nous installons avec de tels procédés, ni sur la profondeur du reflexe de rejet de cette sorte d’Europe là que déclenche en nous tous qui nous égosillons sans aucun accès aux moyens d’être entendus. Il faut lire les brèves du « Monde » (seul journal à donner l’info avec l’Humanité) pour apprendre, sans un mot de commentaire, que la Slovénie, qui préside l’Union, a adressé des recommandations au gouvernement portugais pour qu’il n’organise pas de référendum. Bien sur, cette information n’est pas contenue dans l’article qui annonce que le gouvernement portugais ne fera pas de référendum. La thèse du complot contre le droit des peuples à s’exprimer trouve là une confirmation stupéfiante d’insolence!

Avant au PS, vaille que vaille, il y avait une surenchère de demande de démocratie pour la société en dénominateur commun. Jusqu’aux "jury citoyen" pour surveiller les élus et à la "démocratie participative"pour écrire le programme de la présidentielle! Même ça, c’est à présent clairement du pipeau ! Des référendum populaires pour choisir la couleur du mobilier urbain ou les repas à la cantine scolaire oui, mais pas pour l’Europe, « cette grande ambition » (œil mouillé et regard vers le ciel, s’il vous plait, avec une profonde respiration) Hier à Besançon, funérailles de Raymond Forni qui parmi tant de choses nobles et dignes était l’homme du discours de président de l’assemblée nationale rappelant qu’il n’était pas né français et faisant l’apologie de la République celle qui rendait cet évènement possible. On était là. Une poignée de dirigeants socialistes, et même moi le paria de cette bande. Mais combien d’absents. Et d’absentes… Combien de héros du partage des postes pour la diversité et Bla/ Bla, Bli /Bli, n’ont pas eu le temps de poser un jour de congé dans leur précieux emploi du temps d’attaché parlementaire, chargé de com, assistant, conseiller et ainsi de suite, ni faire une pause dans leurs justes efforts pour être dans la liste au nom de leur patronyme ou de leur couleur de peau ! Forni n’avait pas du choisir la bonne candidate, ni être d’une diversité assez chic pour valoir la photo. C’était juste un socialiste né dans la misère, arrivé dans un flot de pauvres diables exilés, élevé dans la lutte à la force du poignet, sans quota, ni groupe de pression différentialiste, ni élevage au grain des mangeoires dorées. Tant pis pour lui. Le PS n’est même plus une famille. Même les morts ne sont plus des braves types. Les absents ont eu tort. Le discours de Lionel Jospin était magnifique.

Socialistes, réveillez-vous ! par Paul Quilès

Tribune publiée sur le site de Rue89.com

Je suis atterré par l’annonce que les parlementaires socialistes boycotteront la réunion du Congrès de Versailles, qui, le 4 février, doit voter la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Lisbonne.

Cette décision (si c’en est une !) relève de l’hypocrisie la plus totale.

Que l’on soit favorable ou non à ce traité –copie conforme du projet de Constitution européenne, refusé par le peuple français en 2005- c’est à lui et à lui seul de s’exprimer à nouveau par référendum. C’est une question de cohérence et de démocratie.

Les socialistes ne peuvent accepter l’argument de Nicolas Sarkozy, qui prétend, contre toute réalité, qu’il s’agirait d’un « traité simplifié », d’un « mini traité », qui n’a pas à être soumis aux Français.

Ils ne peuvent non plus baisser les bras, en considérant que N.Sarkozy, parce qu’il a été élu, peut imposer sa volonté. Il se trouve que le référendum peut être obtenu. Il suffit pour cela que la révision constitutionnelle soit rejetée au Congrès de Versailles par 2/5 des parlementaires, ce qui est faisable. Boycotter ce congrès, c’est donc accepter que le référendum n’ait pas lieu.

Pourtant, d’après un sondage (peu popularisé en France), plus de 70% de nos concitoyens sont favorables à ce référendum ! Il serait d’ailleurs souhaitable que de nouveaux sondages ou enquêtes soient organisés par les médias et les sites Internet, habituellement très friands de cette méthode de « mesure de l’opinion ». On verra bien alors ce que pensent les Français.

J’ose espérer que les socialistes, la gauche, mais aussi ceux, au centre et à droite qui considèrent que la démocratie n’est pas négociable, ne laisseront pas s’accomplir ce véritable déni de démocratie, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Ce n’est pas non plus en privant les peuples de débat et d’expression qu’on permettra l’appropriation de la construction européenne par les Européens.

Sous des apparences techniques, ce dossier est finalement emblématique d’une vision de la politique, de la démocratie et même de la morale.

Boycotter Versailles : c’est s’incliner devant Sarkozy sans mener de bataille ! Par Jean-Jacques Chavigné

Jean-Marc Ayrault, Président du groupe PS à l’Assemblée nationale a annoncé que les députés socialistes boycotteraient la réunion du Parlement en Congrès à Versailles, le 4 février. Ce jour là, le congrès sera réuni par Sarkozy dans l’objectif de réviser la Constitution française. Cette révision est indispensable à une ratification ultérieure du Traité Modificatif Européen par le Parlement. François Hollande a approuvé cette prise de position.

Ce n’est pas acceptable !

Refuser d’aller à Versailles c’est offrir sur un plateau Sarkozy la majorité des 3/5 (des votants !) qui lui permettrait de modifier la Constitution et, ensuite, de faire ratifier le nouveau traité européen par le Parlement réuni en congrès, sans passer par un nouveau référendum.

Ce serait une défaite sans combat : le refus de nous battre pour la seule revendication juste : "Seul le peuple peut défaire ce que le peuple a fait !" Alors qu’il est possible de gagner et d’empêcher Sarkozy d’obtenir les 3/5 des suffrages des parlementaires.

Si Sarkozy obtient sa majorité des 3/5 la bataille contre la ratification du traité au Parlement n’aura plus aucun sens. Il lui suffira alors d’obtenir la majorité simple devant le Parlement et cela ne posera aucun problème à la Droite. Ce vote ne sera qu’un vote symbolique.

Il n’est possible de faire barrage à Sarkozy et à sa volonté de ratifier le TCE sans passer par un référendum que lors du vote sur la modification de la Constitution. Ne pas être là lorsque ce vote aura lieu, serait fuir le combat sur le seul terrain où Sarkozy peut être battu.

Il serait, de surcroît, difficile de comprendre le soutien que notre parti apporterait ainsi à Sarkozy au moment où les attaques de la Droite se multiplient contre les salariés, les retraités, les chômeurs : fin des 35 heures, remise en cause du CDI, du Code du travail, franchises médicales, baisse du pouvoir d’achat augmentation de 1,1 % des retraites en 2008, stigmatisation à jet continu des chômeurs et des salariés pauvres...

Nous ne pouvons pas accepter que notre parti puisse faire preuve d’un tel mépris envers les électeurs. Nous ne pouvons pas non plus accepter que notre parti puisse refuser la confrontation avec Sarkozy à un moment où l’échec de sa politique du "pouvoir d’achat" le rend particulièrement vulnérable. On ne fait pas de la politique contre Sarkozy et la Droite la plus réactionnaire depuis Pétain avec un fleuret moucheté. L’adversaire, lui, utilise le sabre d’abordage. Nous devons nous battre sans concessions pour freiner, stopper sa volonté d’effacer tous les acquis sociaux depuis 1936.

Les parlementaires comme Marc Dolez ou Henri Emmanuelli ont déjà fait savoir qu’ils iraient à Versailles pour voter contre le projet de modification de la Constitution proposé par Nicolas Sarkozy. Ils ne seront pas les seuls.

C’est l’ensemble des parlementaires de la gauche (et donc du PS) qui doivent se rendre à Versailles, empêcher Sarkozy d’obtenir la majorité des 3/5 et l’obliger à organiser un référendum sur le Traité européen signé à Lisbonne par les chefs d’Etat ou de Gouvernement, le 13 décembre 2007. Un traité dont le contenu est le même que le TCE rejeté par 54,67 % des électeurs français le 29 mai 2005.

Jean-Jacques Chavigné

09/01/2008

Lettre de Michaël Moglia à Jean-Marc Ayrault

"Négocier un traité institutionnel soumis à référendum pour que l'Europe fonctionne de manière plus démocratique et plus efficace" (proposition 91 du Pacte présidentiel de Ségolène Royal)

Cher Camarade,

Je souhaitais par la présente te faire savoir mon écoeurement suite à ton passage en force, hier après-midi, concernant l'épineuse question de la future ratification du traité de Lisbonne.

Annocée à la sauvette, sans qu'aucune décision n'ait été prise par le groupe, avant même que le BN de notre parti ne se prononce, cette position montre, s'il en était encore besoin, à quel niveau de médiocrité nous sommes tombés.

Cette position, qui a le mérite de prendre très clairement les Français pour des imbéciles, ajoute à la confusion ambiante et méprise le vote pourtant très clair de nos concitoyens et plus particulièrement celui de notre électorat.

Le reniement des engagements pris devant les Français lors des dernières Présidentielles, décrédibilise un peu plus encore notre action et plus particulièrement celle que tu mènes à la tête du groupe.

L'obtention du nouveau référendum est possible, la majorité des 3/5 des parlementaires nécessaire, à condition qu'aucune voix de gauche ne manque, existe. Tu en as décidé autrement, je le regrette et espère que de nombreux parlementaires ne te suivront pas dans cette décision nous permettant ainsi de ne pas être complètement ridicules lors des distributions que nous effectuons actuellement dans le cadre des élections municipales et cantonales.

Michaël Moglia
Membre du Conseil National
Conseiller Régional

Il faut empêcher cela par François Delapierre

La déclaration de Jean-Marc Ayrault a été un tel choc que nous avons choisi de réécrire en dernière minute l’éditorial de A Gauche pour ne pas la laisser sans réaction. Mardi 8 janvier au matin, le président du Groupe socialiste à l’Assemblée Nationale a déclaré dans ses vœux à la presse que les députés socialistes n’iraient pas au Congrès de Versailles par attachement à une procédure référendaire et non parlementaire.

Cette « décision » est un sommet de manipulation et d’hypocrisie. D’abord une manipulation sur la forme. Elle n’a été discutée nulle part. Pas dans la moindre instance du PS, alors que depuis la fondation d’un parti socialiste en France, le parti dirige le groupe parlementaire et non l’inverse. Mais pas davantage au sein du groupe parlementaire lui-même. Ayrault a inventé cela tout seul et l’a présenté comme une décision des députés socialistes. Pire encore, lorsque Jean-Luc Mélenchon a demandé au Bureau national du PS le soir même que la position des parlementaires socialistes soit enfin débattue, il n’a tout bonnement obtenu aucune réponse de François Hollande. Si on les suivait, ce serait sans doute le premier texte soumis au vote des parlementaires socialistes sur lequel leur parti n’aurait défini aucune position. Malgré l’importance cruciale d’un vote qui révise la Constitution et permettrait l’adoption d’un traité européen que les mêmes présentent comme un rendez-vous avec l’histoire. A ce compte, pourrait-on encore parler du PS comme un parti politique et non comme une simple addition d’élus locaux sans conviction bien définie ?

Il s’agit ensuite d’une consternante hypocrisie sur le fond. La désertion du champ de bataille du Congrès aurait un unique effet : permettre à Nicolas Sarkozy de modifier la constitution à sa guise. Et donc de ratifier dans un second temps le nouveau traité par un vote parlementaire à la majorité simple. Versailles est le seul lieu où les députés de gauche ont une chance de contraindre le président au référendum, grâce à la majorité requise des 3/5e des suffrages exprimés. C’est la seule bataille qui ne soit pas purement symbolique. C’est la seule qu’Ayrault ait décidé de ne pas soutenir (en revanche il votera une motion réclamant le référendum déposé par le groupe PCF/Verts, qui sera rejetée).

Bien entendu, tous les Français un peu informés des enjeux en tireraient le sentiment que les socialistes les prennent pour des imbéciles. Non seulement ces derniers soutiendraient l’adoption du nouveau traité par la voie parlementaire au mépris de leurs engagements répétés (Congrès du Mans, projet socialiste et celui de Ségolène Royal). Ils choisiraient de prendre une véritable revanche contre le vote populaire du 29 mai 2005 qui ne s’est pas déroulé conformément à leurs consignes. Mais en plus, ils n’assumeraient pas ce choix et tenteraient de le dissimuler derrière des ruses grossières.

On pouvait espérer autre chose d’un responsable qui faisait il y a peu, avec Ségolène Royal, de la crise démocratique un enjeu central pour le pays. De tels reniements ne pourraient que l’aggraver. Que vaudrait la parole des socialistes ainsi piétinée ? Et quelle serait demain la légitimité d’un traité adopté contre le vote du peuple français, au terme d’une mascarade ridicule dans laquelle les élus socialistes se montreraient dignes d’une opposition de complaisance dans une république bananière. Ce n’est pas la moindre des conséquences de la décision d’Ayrault. Si elle était suivie, ce soutien honteux à Sarkozy, à son traité et à la méthode qu’il a choisi pour l’adopter, achèverait de déconsidérer le Parti socialiste comme opposition à la droite. Et cela à la veille des élections municipales et cantonales qui nous donnent pourtant la première occasion de sanctionner le gouvernement. L’argument récurrent selon lequel la question de la procédure de ratification a été tranchée par l’élection présidentielle et que dès lors il faut « l’acter » ne fait qu’aggraver les choses. Dans ce cas, les socialistes qui gouvernent avec la droite n’ont-ils pas raison de mettre en œuvre la politique que les Français ont choisi ?

Pour une construction européenne fondée sur l’adhésion des citoyens, pour la forme républicaine de la France menacée par la remise en cause de la souveraineté populaire, pour la gauche qui risque d’y perdre tout restant de crédibilité, il faut empêcher qu’une telle stratégie l’emporte. Il reste un mois pour y parvenir. Par une action à tous les niveaux. Dans le Parti socialiste, ses sections et fédérations, qui doivent être saisies de ce débat. Dans le pays, à l’occasion de l’interpellation des parlementaires menée par le CNR. Nous nous y investissons sans état d’âmes. Mieux vaut affronter le problème que d’espérer qu’il disparaisse par la grâce d’une quelconque ruse à Versailles. La tentation du pas-vu-pas-pris de ceux qui pensent enfumer nos citoyens est non seulement misérable, mais elle est de toutes façons vouée à l’échec.

Jean-Luc Mélenchon ira à Versailles

Sur blog, Jean-Luc Mélenchon écrit : C’est pourtant là qu’il faudra être présent et voter contre si l’on veut qu’une minorité de blocage des deux cinquièmes des suffrages exprimés contraigne Sarkozy au référendum. Je signale également qu’à ce jour 107 parlementaires de gauche, dont 61 socialistes, ont déjà signé l’appel du Comité National pour un Référendum et se sont donc engagés à voter contre la révision constitutionnelle à Versailles le 4 février.

Interview d'Henri Emmanuelli au Parisien : Je ne serai pas le seul à me déplacer à Versailles

Respecterez-vous la consigne de boycott du Congrès ?

Non. Nous nous sommes engagés à quatre reprises pour que l’adoption d’un traité impliquant des abandons de souveraineté se fasse exclusivement par référendum. Il n’y a qu’un seul moyen de forcer Nicolas Sarkozy à l’organiser, c’est d’aller au Congrès de Versailles et de voter contre la modification de la Constitution permettant la ratification par voie parlementaire. Toute autre solution est dilatoire. Dire : « le PS boycotte Versailles », c’est accepter qu’il n’y ait pas de référendum et laisser le champ libre au président pour sa manoeuvre.

Ne pas se déplacer à Versailles pour le Congrès serait donc une erreur ?

Je suis parlementaire. J’ai été élu par le peuple et je ne le priverai pas de sa souveraineté. C’est une question de crédibilité. J’ajoute que le groupe des députés socialistes n’a rien décidé du tout. Nous n’avons aucunement été consultés sur la question d’un éventuel boycott. Je laisse la responsabilité à Jean-Marc Ayrault de ses déclarations.

François Hollande confirme ce boycott...

Je ne comprends pas. Je suis affligé. On ne peut pas dire dans le même temps qu’on veut un référendum et adopter une attitude qui, de facto, laissera les mains libres à Sarkozy. Où est la cohérence ? L’heure n’est plus aux renoncements, aux habiletés, à la confusion, voire à la duplicité.

Le PS prend-t-il le risque d’une nouvelle crise sur la question européenne ?

Comme d’autres, j’ai fait l’effort dans le cadre de la synthèse du Mans de dépasser les divisions fratricides entre les partisans du oui et ceux du non moyennant l’engagement de rester ferme sur l’exigence d’un nouveau référendum. Or cet engagement n’est pas tenu. Les risques sont lourds. Je ne serai pas le seul à me déplacer à Versailles. Je pense même que des parlementaires qui avaient voté oui à la Constitution européenne le 29 mai 2005 seront très choqués et iront au Congrès voter contre la révision.

Henri Emmanuelli : J’irai à Versailles et je voterai contre

A quatre reprises, les socialistes se sont prononcés pour que l’adoption d’un traité européen impliquant des abandons de souveraineté se fasse exclusivement par voie référendaire : aux congrès de Dijon et du Mans, ainsi qu’à l’occasion des dernières élections présidentielles et législatives.

Ce faisant, ils restaient fidèles au principe fondamental de la souveraineté exclusive du peuple, qui fonde notre démocratie et régit notre constitution – principe auquel nos républiques et nos présidents successifs n’ont jamais dérogé jusqu’à ce jour.

Cette exigence référendaire reste officiellement la nôtre, d’autant plus forte que le peuple français s’est déjà prononcé sur le traité européen qu’il a rejeté sans ambiguïté.

Conscient des divisions douloureuses qui s’étaient exprimées dans nos rangs à l’occasion de la campagne sur le Traité constitutionnel européen et du désaveu qu’avait subi la majorité de notre parti, j’avais accepté, avec d’autres, la synthèse du Mans, pour que notre parti soit rassemblé à la veille de la présidentielle et moyennant l’engagement de rester ferme sur l’exigence d’une procédure référendaire en la matière. Après l’échec, et face à la malversation démocratique à laquelle s’apprêtait le nouveau Président de la République – piétiner par voie législative le suffrage des françaises et des français – j’avais accepté que nous recherchions une position commune. Cette mission a été confiée à Benoit Hamon qui s’y est attelé avec loyauté et sincérité pendant plusieurs mois.

Malgré toutes ces concessions, notre premier secrétaire a décidé seul, le 6 novembre dernier, de faire voter à nouveau le Bureau National du parti sur le pseudo mini-traité, qui n’est en réalité que la copie conforme du précédent, expurgé des symboles fédéraux qui ne posaient aucun problème aux fédéralistes que nous sommes.

Ce vote du Bureau National n’a rien réglé. Non seulement il a mis en évidence nos divisions qui restent fortes, mais il a de surcroît ouvert la porte à toutes les ambiguïtés et à toutes les manoeuvres sur la position réelle qu’adopteront les socialistes.

Il n’y a, en réalité, qu’une seule solution juridique pour que notre exigence référendaire officiellement proclamée aboutisse, pour que nous restions fidèles a nos engagements devant les françaises et les français, pour que la souveraineté populaire ne soit pas bafouée : c’est de s’opposer à la révision constitutionnelle préalable qui doit avoir lieu à Versailles le 4 février. Si elle n’obtient pas l’acquiescement de 3/5èmes des parlementaires présents, le Président de la République sera contraint d’en appeler au référendum.

Toute autre solution est factice, pour ne pas dire plus.

C’est pour cette raison que j’irai à Versailles et que je voterai contre, afin que les françaises et les français ne se voient pas privés de leur droit de choisir : je n’ai pas été élu par le peuple pour le priver de sa souveraineté.

Je suis persuadé qu’une très grande partie de nos concitoyens, notamment ceux qui ont voté Non, y seront sensibles et en tiendront compte lors des prochaines échéances.

Pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous, je sais aussi que je ne serai pas seul, que vous êtes nombreux à penser que dans la période difficile que nous traversons, l’heure n’est plus aux renoncements, aux habiletés, à la confusion voire à la duplicité.

C’est pourquoi je propose que toutes celles et ceux qui partagent ce point de vue se réunissent la semaine prochaine [...] pour envisager les modalités de notre action et la faire connaître. En effet, le temps presse. Dès le 15 janvier débutera la discussion à l’Assemblée et un vote aura lieu, avant la tenue du congrès de Versailles. Les mauvais coups se font toujours dans une précipitation feinte...

J’aurais, évidemment, préféré ne pas avoir à prendre cette initiative. Mais on ne nous laisse pas le choix.

Avec l’espoir de te retrouver [...], reçois, chère camarade, cher camarade, l’expression de ma cordiale sympathie.

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