24/06/2008
Le piège de la révision constitutionelle
La droite sénatoriale en abus de position dominante, par Jean-Pierre Bel
Les sénateurs socialistes considéraient cependant que cette réforme des institutions devait constituer un progrès pour la démocratie et, qu'à ce titre, celle-ci n'était qu'un trompe-l'oeil. Les progrès du pouvoir du Parlement s'adressent en effet exclusivement à la majorité et ignorent l'opposition. Or, dans une démocratie majoritaire, seule l'opposition est à même de rééquilibrer le pouvoir. Nos inquiétudes sont renforcées par le fait que le redécoupage électoral des circonscriptions législatives, arrière-fond du processus de révision, pourrait avoir comme objectif de rendre plus difficile d'obtenir une majorité de gauche à l'Assemblée nationale.
Lorsque la gauche parviendra aux responsabilités, elle serait empêchée de gouverner par les pouvoirs d'obstruction de la majorité sénatoriale, sans disposer du moindre espoir de voir l'alternance se réaliser dans cette Assemblée verrouillée. Si ce texte avait existé en 1997, la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour ou le débat en séance publique à partir du texte de la commission auraient considérablement ralenti la réalisation du programme de réforme de la gauche. Accroître les pouvoirs du Parlement en laissant le Sénat tel qu'il est aujourd'hui, c'est donner demain des armes contre son propre camp, lorsque la gauche arrivera aux responsabilités. C'est la raison pour laquelle les sénateurs socialistes ont posé en préalable à la modernisation des institutions la démocratisation du Sénat. Ils ont fait des propositions en ce sens, qui n'ont même pas été examinées sur le fond. Preuve supplémentaire, s'il en était besoin, de l'écart entre la réalité cynique de la domination majoritaire et les belles promesses de lendemains enchanteurs pour l'opposition - pourvu qu'elle le reste longtemps !
ALTERNANCE IMPOSSIBLE
Mais la majorité a commis un péché de gourmandise en voulant conserver ses privilèges. Tout le monde s'accordait en effet sur la nécessité d'adapter le mode de scrutin du Sénat, qui date de 1958, aux réalités de la France, notamment en modifiant la composition du collège électoral, qui sous-représente fortement les grandes villes. C'est ce qu'en avait conclu le rapport issu des travaux du comité Balladur. Car si le Sénat s'identifiait aux grandes tendances des différentes élections locales depuis 2004, une majorité de gauche y siégerait aujourd'hui.
Cette volonté commune d'une meilleure représentativité se heurtait toutefois à une décision du Conseil constitutionnel de 2000. Celle-ci "interdit toute évolution de la composition du collège électoral sénatorial dans le sens d'un équilibre plus juste, en termes démographiques, entre petites, moyennes et grandes communes", selon le projet de loi constitutionnelle lui-même. Il proposait donc une nouvelle rédaction destinée à "surmonter ces contraintes". La majorité sénatoriale n'a pas souhaité les surmonter, mais au contraire les renforcer.
Elle a en effet adopté une disposition qui perpétue le mode de scrutin actuel dans la Constitution, rendant ainsi l'alternance impossible au Sénat. Un siècle après les sénateurs inamovibles de la IIIe République, l'UMP a ainsi inventé la majorité sénatoriale inamovible. Devant cet abus de position dominante, les sénateurs de gauche, dans leur ensemble, ont quitté les travaux de la commission des lois, fait sans précédent pour une révision constitutionnelle. Tout consensus sur la révision n'est, dans ces conditions, plus possible. Nicolas Sarkozy veut passer en force au Congrès, se croyant assuré de pouvoir faire gagner un camp, le sien, contre l'autre.
Pourtant, le premier ministre a rappelé à l'Assemblée nationale que la Constitution n'était la propriété de personne. En voulant perpétuer sa domination sénatoriale, l'UMP veut verrouiller la Constitution, non révisable sans l'accord du Sénat, au sein duquel la domination de la droite serait constitutionnalisée. C'est un coup d'Etat constitutionnel contre la démocratie. Vu l'ampleur du désaccord entre la gauche et la droite, le seul arbitre désormais de ce conflit doit être le peuple.
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22/06/2008
Incendie au centre de rétention de Vincennes
PARIS (AFP) - Les deux bâtiments du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, le plus grand de France, ont été détruits dimanche dans un incendie provoqué par des personnes retenues dont une cinquantaine ont profité de la confusion pour s'enfuir.
Dimanche soir, une cinquantaine de retenus, sur 249, manquaient à l'appel du centre, a affirmé la préfecture de police de Paris à l'AFP.
La préfecture a par ailleurs indiqué que le "relogement des personnes retenues" était en cours "dans d'autres centres". Selon le sénateur (PS) David Assouline, qui s'est rendu au CRA, il s'agirait des centres de Nîmes, Toulouse, Palaiseau et Lille.
Il n'y a pas eu blessé grave selon la PP.
Au total, 18 personnes ont été hospitalisées, souffrant d'intoxication légère à modérée. Une partie devait sortir de l'hôpital dimanche soir, une autre lundi, selon une source policière.
Selon des sources concordantes, tout a commencé après le décès samedi d'un Tunisien sans-papier de 41 ans, mort d'une crise cardiaque. Sa mort a entraîné un rassemblement dimanche d'un collectif de sans-papiers devant le CRA vers 15H00, et selon une source proche de l'enquête, des retenus ont mis le feu à des matelas.
"A 15H45, plusieurs foyers d'incendie volontaire ont été détectés. (...) Le feu s'est propagé et a gravement endommagé les deux centres", -le CRA 1 et le CRA 2-, qui abritent des sans-papiers en attente d'expulsion ou de libération, selon la PP.
"Les deux bâtiments sont entièrement détruits et les personnes ont été évacuées dans le gymnase de l'école de police", situé dans le CRA, a indiqué à l'AFP un policier du syndicat FO police, Luc Poignant, confirmant des informations données par des membres du réseau Education sans frontières présents (RESF) sur place.
La préfecture de police parle d'un sinistre "volontaire".
Selon Jean-Pierre Brard, député (app. PCF), qui a pu entrer dans le CRA peu après 18H00, il y a eu "au moins 14 blessés", intoxiqués par des gaz lacrymogènes utilisés par des forces de l'ordre pour disperser une manifestation à 14h30 des retenus du centre dans la cour. Le député Verts Noël Mamère a évoqué "une mutinerie».
A 19H30, le feu était maîtrisé, a constaté une journaliste de l'AFP. L'opération a nécessité une cinquantaine d'engins et plus de 150 pompiers.
Selon la PP, le CRA, d'une capacité maximale de 280 personnes, contenait 249 retenus dimanche. Il a été ces derniers mois plusieurs fois le théâtre de tensions, certains retenus protestant contre leurs conditions de rétention.
Ces incidents interviennent alors qu'un Tunisien de 41 ans est décédé samedi en fin d'après-midi dans ce CRA, "d'une crise cardiaque", selon les premiers éléments de l'enquête.
Ce ressortissant tunisien était "sous le coup d'une interdiction définitive du territoire français prise par la cour d'appel de Paris".
Son autopsie dimanche n'a rien révélé d'anormal, selon la PP. "Tant les premières constatations médicales que l'autopsie, réalisée dans le cadre de l'enquête en cours menée par la police judiciaire, écartent la présence de traces anormales", a-t-elle précisé.
Le député Verts Noël Mamère a demandé dimanche la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire, dénonçant les "conditions inacceptables" du quotidien des personnes retenues.
La Cimade, seule association autorisée dans les CRA, a mis en cause un centre "non conforme à la réglementation, déplorant "la surdité de la préfecture de police et du ministère de l'immigration".
Pour France Terre d'asile, ces "événements dramatiques étaient hélas prévisibles". L'association a dénoncé "une politique absurde qui (...) entache notre réputation de terre des droits de l'homme". Source : AFP
23:34 Publié dans Actus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19/06/2008
Traités européens : urgence démocratique

Communiqué de la LDH
Le « non » des électeurs irlandais au Traité de Lisbonne pose une fois de plus le problème du déficit démocratique de l’Union européenne.
Traité après traité, le même scénario se répète : là où diplomates et gouvernants sont unanimes, c’est des citoyens que vient le rejet.
Quelles que soient les appréciations portées sur le contenu de tel ou tel traité, l’Union européenne ne peut continuer ainsi à avancer soit en évitant les peuples, soit en ignorant leur opinion. Le mépris des citoyens de « petits » Etats affiché au lendemain du scrutin par plusieurs dirigeants européens de premier plan renforce encore l’image d’une gouvernance coupée de la diversité des sociétés civiles européennes. Le risque évident est que le rejet de toute solidarité européenne, le rejet de l’Union, grandisse encore dans les mois qui viennent sur tout le continent.
La démocratisation des institutions de l’Union européenne est aujourd’hui la condition de sa survie politique. Elle ne pourra être atteinte sans retour au respect du suffrage universel.
Paris, le 16 juin 2008
10:07 Publié dans Actus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/06/2008
La démocratie à géométrie variable de M.Sarkozy

Un « incident ». C’est curieux, chez Sarko, cette façon de s’asseoir sur les résultats de certains votes démocratiques. Le locataire de l’Elysée a ainsi qualifié le non de l’Irlande à son traité européen simplifié : « l’incident irlandais ». Quel joli terme !
Dans la bouche de celui qui a déjà balayé d’un revers de main le non français au référendum européen de 2005, ce n’est guère étonnant. Ce qui l’est plus, en revanche, c’est que depuis un an Sarko passe son temps à justifier ses réformes en rappelant qu’il a une grande légitimité, fort des « 53% de Français » qui l’ont élu. Or 53%, c’est justement le score du non irlandais !
Alors, de deux choses l’une : soit un vote à 53%, c’est un triomphe, et le non irlandais en est un. Soit c’est un « incident », et l’élection de Sarko en est un.
Yes or no?
Le Canard Enchaîné du 18 juin
21:57 Publié dans Actus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09/01/2008
Les tartuffe !

Les députés socialistes voteront le traité simplifié européen mais n'iront pas au Congrès du Parlement à Versailles pour adopter le projet de loi modifiant la Constitution et préalable à la ratification du traité, a déclaré Jean-Marc Ayrault.
"Nous voterons le traité simplifié européen parce que ses acquis sont supérieurs à ses insuffisances et parce qu'il est enfin une chance de sortir l'Union de sa paralysie politique", a déclaré le président du groupe socialiste, radical et citoyen (SRC) de l'Assemblée nationale lors de la présentation de ses voeux à la presse.
L'absence des parlementaires socialistes à Versailles n'empêchera pas l'adoption de la réforme puisque ne sont pris en compte que les suffrages exprimés.
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05/12/2007
Pierre Larrouturou : «L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur»
Comme le dit l’agroéconomiste Lester Brown, nous sommes sur des «trajectoires d’effondrement». Aucune des tendances actuelles n’est durable. C’est vrai de la crise sociale, de la crise financière et, bien sûr, de la crise écologique. Nous sommes au bout d’un système. Il est urgent de construire une alternative globale.
Vous mettez tous les pays occidentaux dans le même sac…
Est-ce aussi valable pour la France ?
Depuis vingt-cinq ans, en France, la négociation sur les salaires est tellement déséquilibrée que la part des salaires et cotisations sociales dans le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 11 %. Onze pour cent de chute sur un PIB de 1 800 milliards, ce sont cette année quelque 200 milliards d’euros qui vont rémunérer le capital, alors qu’ils iraient aux salariés si nous avions conservé l’équilibre de 1982. François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB. Bien sûr qu’il faut réformer les retraites, mais l’essentiel est de lutter contre le chômage et la précarité. Si la part des salaires remontait de 6 points, le financement des retraites serait bien plus facile.
Mais la croissance se maintient presque partout…
Au prix d’un endettement sans précédent. Les libéraux passent leur temps à critiquer la dette des Etats. Mais le plus grave c’est sans doute l’envolée de la dette privée, celle des ménages. Dans de nombreux pays, le seul ressort de la croissance est l’endettement des ménages. La crise des crédits subprimes aux Etats-Unis en est une preuve : tout a été imaginé pour pousser les ménages à s’endetter sur des montants incroyablement élevés et sur des périodes extrêmement longues.
Cette crise n’est qu’un début. Aux Etats-Unis, la dette totale des ménages, des entreprises et des collectivités (sans parler du secteur financier) vient de dépasser les 230 % du PIB. En 1929, lors de la dernière grande crise du capitalisme, le même ratio atteignait «seulement» 140 % du PIB. Si on ajoute la dette du secteur financier, la dette atteint 340 % du PIB américain ! Du jamais-vu. Les chiffres sont formels : la croissance européenne, ou américaine, serait négative depuis sept ans si nous n’avions pas fortement augmenté la dette privée.
Le capitalisme ne tiendrait que grâce à l’endettement ?
Oui. Au Japon, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, au Danemark, en Espagne, en Angleterre, dans tous les pays que les libéraux prennent comme modèle, la croissance se maintient grâce à l’endettement privé. En 2006, la dette des Etats-Unis, hors secteur financier, a augmenté huit fois plus vite que le PIB. Si la crise immobilière américaine se répand dans le reste de l’économie, elle ne sera pas sans effets sur l’économie chinoise et donc sur la situation sociale (déjà tendue) de ce pays. Une grande part de sa croissance vient des exportations vers les Etats-Unis et l’Europe. Si les Etats-Unis tombent en récession, qui peut être sûr que ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30 ne se rejouera pas en Chine, avec Taïwan à la place de l’Alsace-Lorraine ? L’hyperlibéralisme peut nous conduire à la catastrophe. Faut-il attendre que la crise explose pour réagir et construire une alternative ?
Faut-il reprendre les modes de régulation des Trente Glorieuses ?
Il faut moderniser les règles proposées par Keynes, Ford et Beveridge. En 1917, Ford, le patron des automobiles du même nom, expliquait qu’il avait doublé la productivité de ses usines, mais qu’il fallait écouler cette production, qu’il fallait donc des consommateurs avec un vrai pouvoir d’achat. Il expliquait aussi qu’en période de crise les patrons veulent tous baisser les salaires. Mais s’ils baissent tous les salaires, qui achètera la production ? Ford plaidait en faveur de règles collectives, de façon à ce que les salaires augmentent en fonction de la productivité. Mais peu de patrons ont suivi ses recommandations. La crise de 1929 s’explique surtout par un découplage entre la productivité et le pouvoir d’achat des travailleurs.
Plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, les recommandations de Ford ont été adoptées, notamment en Europe. Les salaires ont progressé au même rythme que la productivité.
La seconde régulation des Trente Glorieuses est celle de Beveridge, avec l’adoption d’un système de sécurité sociale. Keynes nous a appris que lorsque ces deux régulations ne suffisent pas, l’Etat doit intervenir par le biais de sa politique monétaire et/ou de sa politique budgétaire.
Vous affirmez que la mondialisation n’est pas responsable du chômage ni non plus de la crise sociale.
Depuis 2002, depuis que la Chine est membre de l’OMC, nul ne peut nier l’importance des importations chinoises en Europe. Je propose que l’Europe négocie avec la Chine des montants compensatoires, pour obliger la Chine à respecter d’ici cinq ans les règles du jeu social et environnemental, qu’elle avait officiellement acceptées avant d’adhérer à l’OMC. Mais pour le moment, le chômage en Europe ne s’explique pas par la concurrence des pays à bas salaires : globalement, hors Europe, la balance commerciale de la France est équilibrée ! Plutôt que la mondialisation, ce sont les gains de productivité qui ont détruit des emplois.
On vit une vraie révolution. La France est le pays qui a le plus augmenté sa productivité. En trente ans, l’économie française produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins. Le total des heures travaillées est passé de 41 milliards d’heures à 36,9 milliards par an. Mais en même temps, grâce au baby-boom et grâce au travail des femmes, la population active passait de 22,3 à 27,2 millions de personnes. Le travail nécessaire à l’économie a baissé de 10 %, mais le nombre de personnes disponibles a augmenté de 23 %. Un écart de 33 % s’est creusé entre l’offre et la demande de travail.
Cet écart serait la principale explication du chômage ?
Oui. Si depuis 1974 la durée individuelle du travail avait baissé de 33 %, le chômage serait resté à son faible niveau de 1974. Or la durée réelle du travail a très peu baissé. Du coup, un partage du travail assez sauvage s’est mis en place : 19 millions travaillent plein pot (à 39 heures, en moyenne, avec les heures sup), 4 millions de personnes – les chômeurs – font 0 heure par semaine, et 4 millions sont à temps partiel.
Au moment où les 35 heures sont décriées, vous plaidez pour la semaine des quatre jours…
Les 35 heures étaient déjà dans le programme commun en 1980. Est-ce un horizon indépassable ? 400 entreprises, de tous secteurs, sont déjà passées à quatre jours, avec un financement qui permet de stabiliser la masse salariale sans toucher aux salaires en dessous de 1 500 euros.
Si tous les salariés passent, en moyenne, à quatre jours et si l’entreprise crée au moins 10 % d’emplois en CDI, elle bénéficie d’une exonération des cotisations chômage qui permet d’équilibrer la masse salariale. Selon une étude du ministère du Travail, un mouvement général vers les quatre jours permettrait de créer 1,6 million d’emplois en CDI. Si l’on divisait par deux le chômage, la négociation sur les salaires aurait une tout autre allure. Si l’UMP et le Medef sont tellement hostiles à une forte RTT, c’est parce que, bien négociée, elle serait, à moyen terme, le moyen le plus puissant de faire remonter les salaires. La gauche devrait être plus claire sur ce point.
Après le 21 avril 2002, vous êtes entré au Parti socialiste. Cinq ans plus tard, ce que vous racontez sur le fonctionnement de la Rue de Solferino est accablant.
Soyons clairs. Ce n’est pas ma famille politique que je critique, mais seulement les dix ou les quinze qui squattent Solferino. Leur paresse ou leur aveuglement deviennent scandaleux. Je pensais que le choc du 21 avril serait suffisant pour déclencher des débats de fond. François Hollande m’avait demandé de rejoindre la commission économie du PS, où j’espérais que nous allions vraiment travailler. Hélas, cette commission ne s’est pas réunie une seule fois pendant deux ans. Ne soyez pas étonnés si le PS n’a pas grand-chose à dire sur la fiscalité, les retraites ou encore le chômage.
Difficile d’imaginer que des Strauss-Kahn, Fabius, Hollande ou Royal n’ont aucune analyse critique de la situation…
Les statuts du PS prévoient que nous devrions avoir deux conventions par an pour approfondir une question. Depuis cinq ans, depuis le choc du 21 avril, nous aurions dû avoir dix conventions, dix grands moments de réflexion, sur le chômage, l’éducation, les questions Nord-Sud, l’environnement… Nous n’en avons eu aucune !
Pas une seule convention depuis cinq ans, est-ce un élément d’explication de la défaite du PS aux présidentielles ?
C’est la principale explication. Ségolène Royal aurait dû s’appuyer sur un projet du PS. Je suis délégué national chargé de l’Europe depuis deux ans. Mais je n’ai pas eu une seule heure de travail avec Hollande ou Moscovici sur les questions européennes. Et je raconte dans mon livre que quand les dirigeants socialistes allemands viennent à Solferino pour réfléchir à une relance de l’Europe nous n’avons rien à leur dire, car nous n’avons rien préparé…
Ce refus du débat manifesté par Solferino est d’autant plus scandaleux que jamais les élus locaux, les militants, les associations et les universitaires n’ont «fourni» autant de matière pour construire un projet crédible.
En s’ouvrant à tous ces acteurs, le PS aurait pu, assez facilement, dessiner les contours d’une nouvelle société. Hélas, pendant cinq ans, François Hollande a refusé tout débat de fond. Il faudra un jour qu’il s’en explique.
Rien de changé depuis l’élection de Sarkozy ?
J’ai sous les yeux le programme du «grand forum de la rénovation», que la direction du PS organise le 15 décembre. Le menu est alléchant : «Les socialistes et le marché. Quels modèles de croissance justes et durables aujourd’hui ? Une stratégie économique nationale et européenne offensive pour un socialisme moderne.» Hélas, le grand forum commence à 10 heures et il s’achève à… 13 heures ! Trois heures de débat pour actualiser l’ensemble du projet économique du PS. Je suis peut-être un peu lent intellectuellement, mais je ne suis pas totalement certain que trois heures soient suffisantes pour actualiser notre projet économique.
Aucune convention thématique en cinq ans. Des grands forums qui durent à peine trois heures… «C’est du sabotage. Du foutage de gueule», explosait l’autre jour un militant du sud de la France.
Cela devient tellement caricatural que je ne comprends pas ce que l’équipe de Solferino a dans la tête. Je constate seulement que de plus en plus de militants et d’élus qui jusque-là la soutenaient disent que ce refus du débat devient inacceptable. Insupportable.
Hier, j’ai entendu à la radio que deux médecins sont traduits en justice pour non-assistance à personnes en danger. Je pense que s’ils s’obstinent à ne rien faire, certains dirigeants du PS pourront être un jour poursuivis pour non-assistance à peuple en danger. Non-assistance à civilisation en danger.
C’est une appréciation grave…
J’assume mes propos. Je critique le fonctionnement d’une équipe sans juger telle ou telle personne.
Il y a deux semaines, lorsqu’elle défendait les sans-abri, Josiane Balasko poussait un coup de gueule en demandant : «Qu’est-ce qu’ils foutent les mecs du PS ?» Je me pose la même question. Comme tous les rocardiens, je connais les défauts de Mitterrand, mais il avait l’obsession de construire une Europe forte. Aujourd’hui, qu’est-ce qui motive réellement les principaux dirigeants du PS ? Education, chômage, dérèglement climatique, relations Nord-Sud… Qu’est-ce qui les empêche de dormir ? Pourquoi font-ils de la politique ? Je ne sais pas.
Que faites-vous pour faire bouger les lignes au sein de ce PS que vous décrivez amorphe ?
Avec douze parlementaires, des premiers fédéraux, des élus et des militants, nous lançons une pétition pour que le PS se mette enfin au boulot, et qu’il s’ouvre à tous ceux qui veulent construire le progrès social (1). Les statuts du PS sont clairs : si nous recueillons 5 000 signatures de militants PS ou 50 000 de citoyens non-PS, la direction sera obligée de nous écouter. La gauche se remettra au travail.
Les idées de gauche sont plus complexes que celles de droite. «En période de crise, il faut que chacun travaille plus. Et les Noirs, il faut qu’ils rentrent chez eux.» Un message de ce style passe bien en trente secondes à la télé. Ça parle au cerveau reptilien, à ceux qui veulent de la castagne. Les idées de gauche sont moins intuitives. Il faut plus de temps pour les expliquer.
Si la gauche attend 2011 pour se mettre au travail, alors nous sommes sûrs de nous prendre encore une veste. C’est en 2008 qu’il faut se mettre au boulot.
(1) La pétition est sur www.nouvellegauche.fr
Source : liberation.fr
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27/11/2007
Appel de Lille de la Coordination Nationale Étudiante
Plus de la moitié des universités sont en blocage total ou partiel et plus de 60 universités sont touchées par la mobilisation.
- Nous rejetons la LRU parce qu’elle signifie la privatisation de l’enseignement supérieur. L’introduction de financements privés va renforcer les inégalités entre universités et filières et va permettre une mainmise du patronat sur le contenu des formations. L’université n’est pas responsable du chômage, et adapter l’université aux exigences du "monde du travail" ne rapprochera pas les étudiant-es de l’emploi : la professionnalisation est au contraire le plus court chemin vers la déqualification et vers la précarité. La LRU implique aussi la précarisation des statuts des enseignants et personnels, et la transformation des présidents d’université en véritables managers.
Nous refusons la logique d’autonomie financière, qui implique le désengagement financier de l’État, et donc l’augmentation à terme des frais d’inscription. Nous refusons également l’instauration d’une pré-sélection à l’entrée de l’université, qui remet en cause l’accès de tous à l’université.
La ministre Pécresse a récemment annoncé le déblocage de moyens pour les étudiants en 1er cycle (réorientation, tutorat), ainsi que la suppression des cautions pour le logement... en échange d’un « retour au calme » sur les campus. Cela prouve que le gouvernement voit bien qu’il y a un problème dans les universités, et qu’il a peur du mouvement étudiant. Mais ces annonces ne répondent pas au problème central : la LRU, et les dangers qu’elle nous promet. C’est pourquoi nous demandons au bureau national de l’Unef de prendre clairement position pour l’abrogation de la loi Pécresse, et de cesser toute négociation jusqu’au retrait de cette loi.
La LRU n’est ni amendable, ni négociable, que ce soit sur un plan local ou national. Depuis le début de la lutte, c’est la position de toutes les assemblées générales et de la coordination nationale, seules instances représentatives des étudiant-es mobilisé-es.
Si nous nous battons pour l’abrogation de la LRU, c’est parce que nous nous battons pour le droit à l’éducation pour tous, et contre la destruction du service public. Étudiants et lycéens, avec la LRU et les 11 500 suppressions de postes dans l’Éducation, c’est notre avenir qui est menacé. Exiger l’abrogation implique donc de lutter pour une augmentation massive du budget de l’enseignement supérieur, pour la création des milliers de postes dont il y a besoin, pour de vrais diplômes nationaux reconnus dans les conventions collectives, pour l’égalité entre Français-es et étranger-es dans l’accès aux études. Cela implique aussi de lutter pour une augmentation massive des aides sociales, et d’être solidaires des salarié-es qui luttent en ce moment pour une amélioration de leur pouvoir d’achat.
- Il est possible de gagner, de faire reculer le gouvernement sur nos revendications. SNCF et RATP, Air France, EDF-GDF, avocats, salariés de la fonction publique... Sarkozy a beau dire qu’il ne reculera pas face à nous, lui et son gouvernement ont été affaiblis par les grèves. La réussite de la journée de grève du 20 novembre a montré qu’il existait une volonté de lutte dans de larges secteurs de la jeunesse et du monde du travail. Les cheminots en particulier ont montré que lutter contre Sarkozy et sa politique était possible.
En effet, la LRU n’est pas une loi isolée mais fait partie d’un contexte de casse généralisée du service public dûe à une libéralisation grandissante de la société et de l’économie française, ce que nous condamnons.
Pour cela, la coordination nationale appelle les étudiant-es à approfondir et amplifier la mobilisation dans les campus, à renforcer les liens entre personnels, enseignants et étudiants. Les lycéens doivent se mobiliser encore plus massivement. Et lycéens et étudiants doivent chercher la convergence avec les travailleurs, en premier lieu ceux de l’Éducation nationale, notamment dans les universités et dans les lycées.
- La plupart des présidents d’université étant en faveur de la LRU, ils n’hésitent pas à recourir à la répression pour briser la mobilisation. Les fermetures administratives, les interventions policières... ne répondent pas à de prétendus « problèmes de sécurité » : elles visent à nous empêcher de nous mobiliser, c’est-à-dire nous priver de notre droit de nous révolter. Nous condamnons toutes les interventions policières et les arrestations. Nous exigeons l’amnistie de tous les inculpés des mouvements sociaux, y compris ceux du mouvement cheminot. Nous exigeons la réouverture de toutes les universités fermées administrativement, et le retrait de toutes les forces de police qui occupent actuellement des universités.
Nous réclamons la démission des présidents d’universités ayant fait appel à la répression et collaboré à l’expulsion de sans-papiers.
- Suspendre les cours est le seul moyen efficace pour que tous les étudiant-es, notamment les boursiers, puissent se réunir et décider ensemble de se mobiliser. Sans blocages votés dans des assemblées générales massives, les étudiants ne disposent pas réellement de droit de grève. Sans occupation des locaux, ils ne disposent pas véritablement du droit de se réunir. Face aux tentatives de faire reprendre les cours par l’intermédiaire des référendums, nous réaffirmons la seule légitimité des assemblées générales pour décider des suites du mouvement : c’est dans les AG que les informations, les différents points de vue peuvent être échangés et que les étudiant-es peuvent voter en connaissance de cause. C’est aux grévistes d’organiser eux-mêmes la prise de décision et non aux présidences d’université, qui pour la plupart soutiennent la réforme.
Nous appelons donc au boycott des votes organisés par les administrations universitaires.
Nous exigeons la réouverture de toutes les universités fermées administrativement, et le retrait de toutes les forces répressives (polices, vigiles privés...) qui occupent actuellement les universités.
- Leur projet est de détruire l’ensemble des acquis sociaux. Face à ce projet, c’est ensemble que nous gagnerons : nous devons construire un mouvement d’ensemble des jeunes et des salariés pour riposter à l’offensive du gouvernement.
Nous appelons à un véritable service public dans tous les domaines : éducation, santé, transports, protection sociale ce qui implique un réengagement massif de l’État dans le financements de l’enseignement supérieur et la recherche, la titularisation des précaires, l’augmentation des salaires et du point d’indice dans la fonction publique....
- Nous reprenons l’appel de la coordination de Tours à la journée de mobilisation mardi 27 novembre.
- Nous appelons à faire du jeudi 29 novembre une manifestation nationale étudiants/lycéens.
- Nous appelons à une journée nationale de solidarité avec les sans-papiers le lundi 3 décembre.
- Nous proposons une prochaine journée de mobilisation interprofessionnelle le mardi 4 décembre.
Nous rejoindrons toute initiative proposée par les salariés en grève : leur combat est aussi le nôtre.
Nous appelons tous les jeunes et les salarié.es à se saisir de ces dates pour nous rejoindre dans la grève. Nous appelons à la tenue de réunions interprofessionnelles dans toutes les villes.
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21/11/2007
Les régime très spéciaux de retraite des Grands patrons

Quelques exemples
- Lindsay Owen-Jones (L'Oréal) touche une retraite de 3,4 millions d'euros par an
- Antoine Zacharias (Vinci) touche une retraite de 2,1 millions d'euros par an
- Noël Forgeard (EADS) touche une retraite de 1,1 million d'euros par an
- Bertrand Collomb (Lafarge) touche une retraite de 1 million d'euros par an
- Louis Schweitzer (Renault) a droit à une retraite de 900.000 euros par an
Ces informations sont tirées du document Grands patrons : à combien se monte leur retraite ?
Méthodologie
Les éventuels régimes de retraite spécifiques dont bénéficient les cadres dirigeants varient selon les entreprises. Certaines sociétés provisionnent les montants des dépenses de pensions et d'autres passent des contrats avec des organismes spécialisés. Les procédures des régimes sont en général indiquées dans les documents de références des entreprises cotées, mais ces paragraphes sont parfois peu explicites. Certains calculs n'ont pu être effectués.
Les chiffres données ont été calculés à partir des données présentées dans les documents de référence (modes de calcul et revenus). Sauf mention contraire, lorsque le dirigeant est encore en activité, nous avons estimé sa retraite à partir de ces revenus acteuls mais en se basant sur une cessation d'activité à 65 ans.
Les patrons des grandes entreprises bénéficient bien souvent de systèmes de retraites supplémentaires. Financés entièrement par l'entreprise, ces régimes très spéciaux peuvent atteindre les 3 millions d'euros. Découvrez combien gagnent les grands patrons à la retraites et combien empocheront ceux qui sont encore en activité.
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19/11/2007
L'extraordinaire aveu de Sarkozy !
Bruno Waterfield, le correspondant à Bruxelles du quotidien britannique The Telegraph révèle que Nicolas Sarkozy, devant un groupe de parlementaires européens réunis à huis-clos, a admis que « des référendums sur le nouveau traité européen étaient ‘dangereux’ et perdants en France, en Angleterre et dans d’autres pays. Il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements »
Parlant du référendum du 29 mai 2005, Sarkozy a dit que « La France n’était qu’en avance sur les autres pays dans son vote pour le NON. ». « La même chose arriverait dans tous les Etats membres si un référendum y était organisé », a-t-il ajouté. « Un référendum aujourd’hui mettrait l’Europe en danger. Il n’y aura pas de traité si un référendum a lieu en France, et il en va de même pour un référendum au Royaume-Uni. »
En conclusion, il vaut mieux ne pas demander leur avis aux peuples !
Source : Gauche Avenir
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18/11/2007
Danielle Mitterrand : "les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste"
PARIS (AFP) - Danielle Mitterrand, qui publie ses Mémoires, estime que "depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste".
Dans un entretien à paraître jeudi dans Le Parisien/Aujourd'hui en France, la veuve du président François Mitterrand estime: "Pourquoi le PS est-il devenu ce qu'il est aujourd'hui ? Parce qu'il avait à sa tête des gens qui n'ont pas l'esprit socialiste".
"Ce n'est pas parce qu'on prend une carte qu'on est socialiste. Foncièrement, depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste", ajoute-t-elle.
Mme Mitterrand juge qu'ils ont "un regard beaucoup trop attendri pour l'argent. Ils ne réagissent pas, ne respirent pas ce désir de société que nous avions".
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